Fabrication d'une remorque pour vélo
Étant privé de mes longues sorties à vélo à cause du confinement, je ne renonce pas à l'activité physique : les bras travailleront la place des jambes !
Cela faisait un moment que je pensais à fabriquer une remorque pour mon vélo, c'est l'occasion de m'y mettre.
Le défi, c'est de me débrouiller uniquement avec ce que j'ai dans ma petite cave-atelier...
Je fais d'abord un plan sommaire, que j'adapterai ensuite en fonction de mon stock de bois.

La base évidemment, c'est de disposer de roues et j'ai deux vieilles roues avant en 26".
Et ce sont ces roues qui imposeront la longueur de la remorque : 70 cm.
Pour la largeur, je prends la taille d'un sac de courses standard : 48 cm. Je pourrai ainsi en mettre trois sur la longueur de la remorque.
Enfin, la hauteur est celle du porte-bagages.

J'aurais pu faire au plus simple, en mettant le plancher de la remorque au niveau de l'axe des roues, mais je privilégie la stabilité en abaissant le centre de gravité à 15 cm du sol.
Pour le bois j'ai assez de douglas, que je raboterai en 58x22 mm.
Pour réaliser l'attelage, je fais au plus simple. Côté vélo souvent les remorques du commerce proposent des attaches à fixer sur la tige de selle ou sur l'axe de la roue arrière. Dans mon cas, je vais profiter de disposer d'un solide porte-bagages : c'est sur lui que j'accrocherai la remorque.
Je trouve dans tout mon bazar une barre de fer plat de 30x4 mm, des boulons de 5mm, un long en 8mm, et quelques goupilles.
Je profite de l'occasion pour utiliser pour la première fois cette égoïne restaurée récemment. C'est un vrai régal, je ne regrette pas le temps passé à refaire sa denture.
Une fois le débit effectué, je sors mon trio habituel de rabots.
Un n5 affûté en riflard pour dégrossir, un n4, et un n6 pour finir.
Sur la photo ci-dessous, on voit la même pièce de bois lors de deux étapes du rabotage.
À gauche, on remarque les traces en biais du fer arrondi du riflard, et les copeaux courts mais épais qu'il produit.
Et à droite, c'est le n4 qui est en action, avec une surface lisse et des copeaux en longs rubans fins.
Vérification de la planéité avec les règles à bornoyer.
Comme le traçage des tenons et mortaises va m'occuper un moment, j'en profite pour m'installer dans la minuscule cour de la copropriété. C'est fou comme ça fait du bien de voir un peu d'herbe, quand on est (presque totalement) privé de sorties !
Avant d'attaquer la série des 39 tenons, j'affûte ma scie à dos.

Tous ces tenons, ça en fait des chutes ! Je garde ces petits rectangles de bois, mon petit-fils aura bien une idée pour bricoler avec !
Détail sur un des assemblages.
J'entaille d'abord à la scie à dos

Enlèvement du plus gros du bois au ciseau.

Égalisation du fond à la guimbarde.

Même opération sur le montant correspondant, et ajustage de l'assemblage à mi-bois (ou plutôt à tiers-bois dans mon cas...).
Ça fait toujours du bien de voir le boulot avancer (et contrôler qu'on ne s'est pas trompé !) en réalisant un assemblage à blanc.
Après les tenons, réalisation des mortaises au ciseau.
Pour le timon qui dispose d'un renfort à 45, je fais d'abord une épure en taille réelle.
Repérage de l'emplacement des mortaises, une fois le renfort fabriqué.
Pour me guider visuellement, je place une pièce en biais sur le côté de la mortaise à réaliser.
Changement de matériau !
Dans la barre de fer plat, je découpe deux paires de plaques destinées à supporter les roues, et une paire pour l'attelage.
Et je sors ma perceuse à colonne de compétition !
Je transforme un des trous en encoche, pour le passage de la roue.

Puis je réalise l'encastrement dans la traverse correspondante.

Pour l'attelage, on remarquera que j'ai limé les trous pour les boulons de 5, qui conservent leur collet carré.
Le boulon de 8 a été raccourci et percé pour la goupille.

Tous les éléments du puzzle sont prêts.
Assemblage d'abord des deux côtés de la remorque.

Puis assemblage final
Quelques précisions concernant la conception de la remorque, et sa solidité.

La plupart des assemblages sont à tenon et mortaise, collés et chevillés.
Le timon, on l'a vu plus haut, est renforcé par un élément à 45. C'est le principe de base de la charpente : un triangle est indéformable.

Chaque traverse pointée par une flèche rouge est d'un seul tenant, c'est le seul endroit où j'ai employé l'assemblage à mi-bois.
Cela permet de reporter l'effort de la roue directement sur l'ossature de la remorque, plutôt que via l'assemblage d'un élément de 10 cm de long, juste aux endroits de ces flèches.

Pour le moment, la charge maximum que j'envisage de transporter, c'est 24 kg (une bouteille de "butane 13 kg" fait ce poids à vide, mais en pèse 24 pleine (et puis ça doit être le poids actuel du petit-fils...)).
Mais par mesure de sécurité, et puis comme j'ai beaucoup de temps, je n'ai pas hésité à mettre des renforts de chaque côté de la roue.
Ainsi, la traverse haute est solidarisée avec celle du bas, empêchant tout risque de flexion.

Enfin, les plaques de fer plat servant de liaison avec les roues ne sont pas simplement boulonnées mais aussi encastrées, de manière à bien reporter l'effort sur la traverse, et pas seulement à l'emplacement des deux boulons.
Le plancher provient de restes de tablettes en pin, qui seront vissées sur l'ossature.
Comme beaucoup de monde, je me souviendrai longtemps de cette date !
Mais au moins, il me restera quelque chose d'utile de cette période d'enfermement...
Après un passage sur la balance (13,5 kg) c'est la première sortie.
J'ai laissé assez de jeu dans l'attelage pour que le vélo puisse se pencher sans déstabiliser la remorque.
De même, le rayon de braquage est assez court pour faire facilement demi-tour dans la cour, qui a la largeur de deux portes de garage, sans poser pied..
J'ai fait quelques tours dans la petite cour, et je suis agréablement surpris.
Il faudra comparer en charge, mais ça ne se sent pas beaucoup.
Mise à jour :

Le confinement étant (enfin !) terminé, j'ai profité d'une visite chez mon fils pour lui apporter des objets qu'il stockait dans ma cave.
Et effectuer ainsi un test sur 11 km aller-retour.
Eh bien en fait, je préfère rouler avec la remorque chargée !
Évidemment elle est alors plus lourde à tirer, mais a bien moins tendance à secouer le vélo dans les nids de poule, qu'à vide.
Mais cela reste léger et ne rend pas la conduite acrobatique : test concluant !
Petite balade aussi avec le petit-fils.
Mais cela a permis de voir qu'il y a le risque que le coude parte dans les rayons à la moindre secousse...
À éviter donc. Ou alors il faudrait modifier la remorque en mettant des parois pleines.
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