Fabrication 100% manuelle d'un établi de type Moravian Workbench
Ayant besoin d'un second établi dans mon atelier, j'ai opté pour un modèle démontable, afin de pouvoir de temps en temps le transporter comme lorsque j'avais présenté le travail du bois dans une école.
J'ai donc opté pour un établi basé sur le Moravian Workbench de Will Myers.

Plusieurs choses ont influencé mes modifications par rapport au modèle original :
  • J'ai réduit la taille pour faciliter le transport : le plateau fait donc 1m20 de long.
  • J'ai déjà une presse verticale classique sur mon premier établi, je vais tester une presse à serrage rapide.
  • Je n'aime pas trop le principe du demi-plateau creux pour ranger les outils, je préfère un plateau massif avec toutefois un ratelier au centre.
  • Je n'imagine pas un établi sans presse horizontale, j'en ai donc ajouté une.
Débit du plateau dans du hêtre, au moyen de mon banc de sciage.
Mauvaise surprise au débit : les pièces sont fortement cintrées...
Comme le plateau est en deux parties, je décide de garder le hêtre (bois dur) pour l'avant. L'arrière sera en Douglas (variété de pin).
Le piètement est en Douglas, que je découpe avec la scie à refendre que je me suis fabriquée.
C'est parti pour le rabotage ! Je vais remplir finalement 2,5 sacs de cent litres de copeaux !
Le hêtre est un bois bien dur, de même que les nombreux noeuds du Douglas.
La séance intermédiaire d'affûtage est nécessaire.
Le plateau faisant 7 cm d'épaisseur, je ne me complique pas le travail avec des rainures et languettes : je pratique un simple collage à plat joint.
Découpe des extrêmités des pieds.
Je ne sais pas trop si c'était réellement un besoin ou un simple exercice de style, mais le piètement du Moravian comporte trois types d'assemblages.
  • Traverse haute : tenon et enfourche.
  • Traverse intermédiaire : tenon et mortaise.
  • Traverse basse : queue d'aronde.
Cela m'a amusé de conserver cette façon particulière de faire.

Au sommet de chaque pied, il faut donc entailler une enfourche, dont je fais une partie à la scie à dos.
Et j'ôte le reste au ciseau.
Pour les longs tenons des grandes traverses basses, la scie à dos ne passe pas : j'emploie une égoïne à denture fine.
Je finis le tenon à la scie à dos.
Je dégrossis les mortaises au vilebrequin. Notez l'inclinaison de la mèche, le piètement n'étant pas vertical.
Et je finis au ciseau.
Pour l'ajustage des grands tenons dans les mortaises, j'emploie la guimbarde.
Un par un, j'ajuste chaque assemblage.
Pour les traverses basses, je découpe les queues d'aronde à la scie.
Je positionne très précisément les pieds, et je place dessus les traverses, pour reporter la découpe à réaliser au tranchet.
On voit ici la marque de la découpe à réaliser.
Un adage bien connu des menuisier dit "mesurer c'est se tromper"...
Donc pour reporter l'épaisseur de la traverse basse, je règle la guimbarde.
Et j'utilise celle-ci comme un trusquin, pour reporter la profondeur à creuser.
La première partie de la queue d'aronde est découpée à la scie.
Évidement de la plus grosse partie au ciseau.
Et finition à la guimbarde, qui est déjà réglée à l'épaisseur de la traverse.
La queue d'aronde de la traverse basse se suffit mécaniquement.
Mais pour les deux traverses supérieures, je dois renforcer avec un chevillage.
Sur la photo ci-dessous, à gauche on voit que les chevilles proviennent de blocs de bois fendus, pour bien suivre le fil du bois.
Puis arrondis au ciseau.
Assemblage, chevillé et collé, d'un piètement.
Ajustage au rabot de la traverse haute, pour suivre l'inclinaison du piètement.
Voilà, ça fait du bien de voir l'établi prendre forme...
Découpe des clés dans du bois dur, ici du châtaignier.
Eh oui, dans les tenons, on peut parfois creuser des mortaises !
On voit ici la fausse équerre qui me sert à percer selon la pente correcte.
Chaque mortaise est ensuite équarrie au ciseau.
Puis chaque clé est ajustée.
On voit ici le jeu important laissé à l'arrière, afin que la clé joue bien son rôle de blocage.
Au sommet des piètements, j'insère des tourillons en hêtre de 18 mm.
Sous chaque demi-plateau, je perce deux séries de trous.
Un des trous est ovalisé, afin de laisser le bois se dilater/rétracter.
Maintenant, je dégrossis au ciseau l'emplacement destiné à la presse horizontale.
On voit ici l'orifice destiné à l'évacuation des copeaux qui pourraient se glisser dans la presse, une fois celle-ci en service.
Égalisation du fond de l'entaille avec ma bonne vieille guimbarde.
Mise en place de la presse horizontale.
Elle sert décidément souvent, la guimbarde !
Ici, c'est pour les mâchoires en châtaignier, destinées à habiller la presse verticale.
Cette presse est fixée solidement sous le plateau, au moyen de quatre tirefonds.
La presse à serrage rapide en place, avec ses mâchoires habillées de châtaignier.
Premier test de la presse horizontale.
Pour la butée, j'ai collé un tourillon en hêtre dans un bloc de bois dur, et collé une pièce de cuir pour éviter la glisse.
Le test étant concluant, je vais me faire en plus une autre butée plus fine.
Lorsque j'ai percé la série de trous dans le plateau, j'ai bien fait attention d'en positionner un en face de la presse verticale.
En effet, celle-ci comporte une pièce métallique amovible.
De plus, le ratelier entre les deux parties du plateau peut se décaler, et servir lui aussi de butée.
Le ratelier, avec les encoches correspondant aux traverses hautes du piètement.
Vue d'ensemble de l'établi.
Ci-dessous, il est désassemblé pour le transport.
J'ai dû modifier le chariot car les roulettes étaient orientées dans un sens qui ne m'aurait pas permis de franchir beaucoup de portes !
Quelques chiffres...

Hauteur : 84 cm
Longueur plateau : 120 cm
Largeur plateau : 50 cm
Épaisseur du plateau : 70 mm
Section des pieds : 95x95 mm
Poids total : 62 kg
250 litres de copeaux
Temps passé... Non, ça je ne compte pas, je m'amuse !
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